Démarrage sur une très petite surface

Quand une partie du collectif de l'écohameau de Verfeil(à l'époque en petit nombre) était encore dans la phase de construction de leur maison, l'idée et les prémices d'un jardin-potager collectif avaient émergé. L'envie et le besoin de produire des légumes sur le lieu avaient été fortement exprimés par le groupe. Nul doute que de tous les aménagements vivriers possibles au sein de l'écohameau, celui-ci était donc prioritaire. En 2015, nous avons conçu et aménagé le jardin-potager de l'Ecohameau de Verfeil suivant les principes de design en Permaculture. Lors de sa mise en oeuvre, il s'est avéré que pour certains membres du collectif, l'échelle de production - restant modeste à cette époque - était déjà trop importante par rapport au temps et la disponibilité qu'ils pouvaient donner. Ce jardin a démarré sur une surface de 100 m2 de culture, sur des buttes construites avec la technique que Richard Wallner a mis au point dans son propre jardin-maraicher - ce qui a effectivement requis une mise en oeuvre très énergivore mais nous a permis de produire abondamment sur peu de surface. Les récoltes de la première année ont alimenté ainsi 3 familles en légumes de saison d’une période allant de juin à octobre. La deuxième année, en 2016, nous sommes passés à 400 m2 de surface de surface cultivée avec l’ajout d’une serre et des planches de culture. Le mode de distribution avec l'aval du collectif a aussi changé par rapport à la première année: la production se vend désormais sous forme de paniers. La surface cultivée et la production augmente à mesure que le collectif d'habitants de l'écohameau grossit ses rangs. C'est à partir de cette croissance à petits pas que le Jardin des Possibles (avec Raquel et Daniel en tête) a pris en charge l'exploitation de ce jardin et a investi dans l'acquisition des infrastructures et du matériel nécessaires.

Priorité au sol et à son aggradation plutôt qu’à l’investissement matériel

L’investissement matériel – serre pépinière, matériel d’irrigation, semoirs de précision, presse-mottes, bacs à semis, outils de jardin et motoculteur (indispensable à notre sens les premières années au travail du sol en argilo-calcaire) – n’a certes pas été négligeable puisqu’il représente 10 000 euros de financement, entièrement autofinancé par la vente de nos légumes et les stages de permaculture que nous avons organisés. Mais l’investissement primordial à notre sens est bien la manière dont la fertilité de notre sol a été conduite jusqu’à présent et continuera à l’être dans le futur. Nos expériences et nos recherches empiriques – aucun suivi scientifique/agronomique n’a été mené jusqu’à présent sur notre sol – ont débouché sur un constat probant et observable sur 4 ans d’exploitation : les mulchages riches en carbone – un ensemble hétéroclite de matière organique constituée de lignine allant de résidus de thym, de conifères, de menthe, de tilleul provenant d’une distillerie d’huiles essentielles que nous allions récupérer en gros round-balls en passant par le broyat de bois des élagages routiers, ou bien encore la paille de blé riche en cellulose – incorporés sur les 10-15 premiers centimètres du sol avec de temps en temps un très léger amendement en fumure demi-mûre semble être pour nous la façon la plus efficace et satisfaisante d’améliorer la fertilité et la structure de notre sol. Par ailleurs, tout fertilisant à base de purin d’orties, de prêle et de consoude que nous préparions et utilisions pour la nutrition des plantes chaque année et pendant 2 ans a été abandonnée. Car d’une part ces interventions s'avèrent très énergivores quand la surface cultivée augmente et d’autre part, notre expérience de terrain n’a fait que confirmer une conviction forte, en l’occurrence la certitude que pour augmenter et maintenir sur le long terme la fertilité d'un sol, c’est bien ce dernier qu’il faut nourrir et non pas la plante. Et la clé de l’aggradation des sols se trouve bien dans l'apport de matière organique riche en carbone. Le carbone est pour nous l’investissement inéluctablement « payant » à l'égard de notre sol et de sa fertilité.

Les buttes selon la technique de Richard Wallner, un choix inapproprié

Si nous étions très enthousiastes à la lecture du « Manuel de culture sur buttes » de Richard Wallner et avions hâte d’expérimenter ce type de buttes dans le jardin, ce choix s’est avéré au fil des ans inapproprié. En effet, la mise en oeuvre de buttes structurées en bambou de 10,30m x 1,70m sur 0,70m de hauteur est titanesque surtout sur un sol lourd et argilo-calcaire comme le notre. La richesse d’associations de plantes potagères, aromatiques et de fleurs comme les propose Wallner sur ses buttes tuteurées et leur esthétisme sont indéniables. Elles conviennent pour un petit jardin et pour un sol « facile » ou peu à travailler. Notre sol nécessite un travail au motoculteur sur les 10 à 20 premiers centimètres tous les ans – au moins pendant 4 à 5 ans avant de pouvoir s’affranchir du motoculteur et de les travailler uniquement à la grelinette en surface - afin de le décompacter, de l’aérer et d’y incorporer de la matière organique sur les 10 premiers centimètres. Le passage de notre engin (pourtant petit et très maniable) est très difficile sur ce type de buttes qui compacte vite. Avec l’augmentation des surfaces cultivées au fil des ans, nous avons abandonné la butte Wallner que nous ne recommandons pas dans un design permacole de type maraîcher.

Passage à 1000m2 de surface cultivée avec réagencement de buttes simples et efficaces

En 2017, nous sommes passés à près de 1000m2 de surface cultivée, avec d’autres buttes et d’autres planches et une haie fruitière. Sur les buttes existantes, tous les tuteurs et supports latéraux en bambou ont été retirés. Les buttes ont été réaménagées et réagencées en suivant les courbes de niveau et de manière à faciliter la circulation et le passage du motoculteur. Nous avons expérimenté pour la première fois le broyat de bois (et non pas le BRF!) en surface, incorporé sur les 10 premiers centimètres. Les légumes cultivées sur buttes non amendées en fumure (uniquement en broyat) ont eu du mal à pousser - probablement un déséquilibre Carbone/Azote avec un C/N élevé provoquant une « faim » d’azote qui s’est résorbée une fois cette matière organique digérée. La production croissante de légumes nous a permis pour 2017 de préparer chaque semaine une douzaine de paniers destinés outre les habitants de l’écohameau, à certains de nos adhérents ne résidant pas sur le lieu.

Un design repensé en fonction de l'optimisation et de l'augmentation de la production

Nous avons souhaité pour 2019 repenser le design du jardin pour atteindre une surface cultivée à terme (fin 2019) de 1500m2. 2 serres couvrant 600m2 feront partie de nos prochains gros investissements que nous allons essayer de faire financer par des subventions privées - les publiques ne nous étant pas accessibles pour le moment du fait de notre statut - celui-ci étant à l'ordre du jour puique Daniel va probablement pour cette année 2019 passer sous le régime de Cotisant solidaire. Le design retravaillé prend aussi en compte un certain nombre d'outils d'évaluation que nous avons développés et que nous mettons en place depuis février 2019. Nous souhaitons produire une vingtaine de paniers dont la moitié sera destinée à des personnes extérieures à l'écohameau. Le design prend en compte la question de la viabilité économique d'un modèle de production en milieu rural devant répondre aux besoins fondamentaux d'un permaculteur-maraîcher travaillant sur de petites surfaces cultivées. Nous en reparlerons!