La Forêt-Jardin, continuité incontournable de nos aménagements permacoles à l’Ecohameau de Verfeil

Depuis que nous avons décidé de vivre à l’écohameau de Verfeil et prendre en charge les aménagements permacoles, l’idée d’une forêt-jardin a toujours été bien présente dans notre esprit. Lors de notre apprentissage de la Permaculture au Portugal, nous avions participé à l’implantation d’une forêt-jardin à la Quinta dos 7 Nomes à Sintra - dont nous n’avions pas pu suivre son évolution. A l’Ecohameau de Verfeil, nous souhaitions accompagner et suivre toutes les étapes de la mise en oeuvre d'une forêt-jardin. Nous voulions aussi a contrario du jardin-potager dont le JDP a la responsabilité des infrastructures et de l’exploitation, que cette forêt comestible soit un projet permacole que le collectif d’habitants s’approprie dés son commencement.

Le montage financier de la Forêt-Jardin

En 2016, nous avons eu l’opportunité par le truchement de l’ASDEV (Association de Soutien au Développement de l’Ecohameau de Verfeil) incluse dans un réseau associatif en lien avec l’écologie, de monter un dossier de subventions FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) – piloté par l’association 2Bouts-Friture - dans la cadre de « la promotion à la biodiversité ». Nous avons élaboré le budget de conception et de réalisation de la forêt-jardin en y incluant les travaux de terrassement, le design par le JDP et l’achat des arbres. Celui-ci s’est élevé à 15.000 euros dont 70 % ont donc été financés par le FEDER. L’avance de fonds avait été identifiée comme un potentiel point bloquant car même en fonds propres, nous n’avions pas l’argent nécessaire qu’il faut obligatoirement mettre sur la table pour commencer les travaux. En effet, les subventions FEDER comme la majorité des subventions publiques ne fonctionne que par acompte, le premier étant versé par l’organisme régional à la réception des factures inhérentes aux travaux et aux achats nécessaires à la forêt-jardin et ainsi de suite jusqu’à remboursement total de la subvention – en ce qui nous concerne, nous avons eu 2 acomptes et le solde sur 2 ans. Pour pallier à ce manque de fonds, nous avons engagé une campagne de financement participatif sur la plateforme HelloAsso et avons collecté ainsi plus de 7.000 euros.

Une conception et une mise en œuvre guidées par la captation de l’eau par swales et bassins de rétention

Le JDP a donc pris en main le design de la forêt-jardin de l’écohameau. Sur un terrain de 6000 m² avec une pente orientée Nord-Sud pouvant dépasser par endroit 10 % d’inclinaison, nous avons fait une « lecture » du relief en repérant le parcours de l’eau (par ruissellement) et identifier les zones hydromorphes (engorgées d’eau) facilement repérables sur notre sol argilo-calcaire. Ce sont d’ailleurs ces zones d’engorgement très présentes sur les 3 Ha de l’écohameau qui nous ont conduits et motivés à effectuer un terrassement suivant les courbes de niveau (marqués au préalable au compas égyptien) pour réaliser des swales et 3 petits bassins de rétention partiellement entourés de digues au sud. Ceux-ci constituent en fait des buttes larges et hautes sur lesquelles seront plantés tous nos arbres. Les bassins eux-même ont plusieurs fonctions : micro-climat à terme avec des arbres de service ceinturant le sud et l’ouest de la digue limitant par l’ombrage créé leur évaporation, apport d’une faune similaire à celles des mares, apport hydrique par capillarité tout autour des bassins (puisque les bassins n’ont volontairement pas été étanchéifiés pour favoriser la capillarité eau-argile).

L’agencement des strates et les haies brise-vent

Dans un premier temps et pour les premières plantations, nous avons décidé de mettre l’accent sur l’agencement des strates canopée et arbustives. Au nord des swales ou des digues nous avons prévu des plantations d’arbres fruitiers de canopée (pommiers francs, cerisiers, poiriers, etc.) et de services à croissance rapide (aulnes communs, aulnes cordata avec plus tard ajout de saules et de peupliers). Au sud, nous y avons associé des arbustes (essentiellement des fruitiers à baie) et des arbres fixateurs d’azote avec plusieurs variétés d’elaeagnus caducs et persistants. Nous avons respecté la distance moyenne des couronnes de chaque type d’arbre en faisant des moyennes et en fonction de la tolérance à l’ombre. Nous avons autant que possible respecté une règle que Martin Crawford préconise dans son livre « La Forêt-Jardin » qui consiste à inclure dans les guildes au moins 30 % de légumineuses pour favoriser la production de fruits. Une fois ces plantations réalisées, et dans un deuxième temps, nous allons étudier quels types de plantes nous choisirons pour les strates restantes, les strates couvre-sol et grimpants parmi lesquelles des annuelles en engrais vert, de la vigne , des kiwis, des fruits rouges ronciers, des plantes bio-accumulatrices comme la consoude (riche en K et pour ne nommer que la plus connue), des plantes aromatiques et quelques variétés de légumes pérennes. Les haies brise-vent ont été agencées dans une orientation Nord-Sud afin de couvrir une partie ouest de la forêt-jardin - une partie étant déjà protégée par la haie existante. Une première haie couvre 25m de longueur composé de cornouillers, noisetiers, érables, bouleaux, charmes, une deuxième (pruniers myrobolans, aulnes cordata, noistiers, berberis) démarrant en quinconce laissant un passage de 2 mètres entre les deux et qui protège toujours dans l’axe nord-sud et donc à l’ouest le reste de la forêt-jardin situé plus au sud. Quant aux aménagements des passages entre les haies, cet agencement évite ainsi les trous d'air dans les haies - accélaration et engoufrement des vents d'ouest et refroidissement dans les zones de plantation.

Le choix des arbres et les pépiniéristes

Pour les arbres de service, nous avons choisi les Pépinières Bauchery qui proposent notamment des solutions de plantation pour les haies brise-vent et des prix intéressants pour les arbres de biomasse vendus très jeunes. C’est un ensemble de cornouillers sanguins, de pruniers myrobolans, de noisetiers, de charmes, d’érables, de bouleaux, d’aulnes communs et à feuilles en coeur, et de berbéris. C’est la seule pépinière non locale. Pour les arbres de canopée fruitière, la pépinière Mercadier (à 10km de l’écohameau) nous a fournis des fruitiers dont les porte-greffes sont en principe bien adaptés à nos sols argilo-calcaires. Un regret : ne pas avoir eu pour les pommiers, poiriers et cerisiers des arbres plus jeunes. Ils ont deux ans, sont plus chers et ont subi une taille sévère pour la plantation. Nous verrons dans les 2-3 ans qui suivent la plantation si la croissance est satisfaisante .Pour le reste des fruitiers de canopée (pêchers, abricotiers, plaqueminiers, nectarines, noisetiers, noyers, amandiers, etc), Mercadier nous a fournis des arbres d’environ 1 an. Concernant la strate arbustive, nous avons la chance d’avoir le pépiniériste de référence concernant les fruitiers à baie et les fruitiers insolites : Sebtan à Saint-Martial (proche de Montauban). Cécile et Sébastien nous ont faits une sélection aux petits oignons de fruitiers à baie et nous espérons qu’ils régalerons très bientôt nos papilles. Les Elaeagnus caducs et persistants proviennent des 2 pépinières. L’ensemble de tous ces arbres aux fonctions multiples représente plus de 300 arbres plantés.

Les chantiers plantations organisés par une Commission « Arbres et Plantations » de l’Ecohameau de Verfeil

Au début de l’année, une commission « Arbres et Plantations » de l’Ecohameau de Verfeil s’est constituée autour de 4 personnes et le JDP (avec un rôle essentiellement consultatif). Les achats d’arbres validés fin décembre 2018, la commission a planifié les plantations à partir de la mi-janvier. Les conditions pédoclimatiques pour le mois de janvier 2019 étaient très défavorables à la plantation, puisque le temps était très pluvieux et le sol par endroit engorgé d’eau. Ce qui a permis par ailleurs aux swales et au bassins de bien se remplir. A partir de la deuxième semaine de février, le temps s’est mis au beau avec des journées très ensoleillées et chaudes (temps printanier). Les sols ont pu ainsi ressuyer et offrir de bonnes conditions de plantation. C'est ainsi que la commission a pu planifier et organiser sur un cycle de 4 week-end consécutifs à cheval entre les deux derniers week-end de février et les deux premiers de mars les chantiers de plantation avec l'aide de plusieurs bénévoles externes à l'écohameau tous les arbres et arbustes prévus. Ainsi s’est achevée cette première phase de plantation avec soulagement et satisfaction. Elle sera suivie d’une phase de réflexion et d'analyse sur les plantes couvre-sol et les grimpantes qui pourraient convenir le mieux à cette forêt-jardin.